c) Le sucre sous Napoléon

Le sucre de betterave au XIXe siècle

 

 

a) L’apparition des cultures de betteraves sucrières

 

 

En 1793, à cause de nombreuses révoltes d’esclaves, le prix du sucre avait considérablement augmenté, mais la production de sucre allait connaître des bouleversements bien plus importants à cause des nombreux conflits européens.

Le 21 novembre 1806, Napoléon empereur de France décrète le blocus continental contre les Anglais. Celui-ci interdit à tous les pays sous l’influence française, c'est-à-dire toute l’Europe à l’exception notable de l’Angleterre et de la Russie qui forment de nombreuses coalitions pour contrer Napoléon, tout commerce avec l’Angleterre car il espère ainsi causer l’asphyxie de l’économie anglaise. Il s’agit essentiellement d’une riposte au blocus maritime décrété le 16 mai 1806 par les Anglais , qui sont maîtres des océans depuis la bataille de Trafalgar. Toutes les marchandises anglaises sont prohibées sur le sol français, ce qui inclut le sucre de cannes.

 

A la suite des batailles d’Austerlitz , d’Eylau le 1807 et de Friedland 1807 Napoléon et le tsar Alexandre 1er se rencontrent à Tilsit le 25 juin 1807. Alexandre 1er battu dans ces trois grandes batailles souhaite gagner du temps contre celui qu’il considère comme l’usurpateur français. Napoléon, à l’apogée de sa gloire pense qu’il est encore possible d’en finir avec la résistance de l’Angleterre en associant les Russes au « blocus continental » qui a pour but de ruiner l’économie anglaise. En effet, les deux plus puissants souverains d’Europe alliés contre l’Angleterre devraient n’avoir aucun mal à la faire plier. Dans le traité de Tilsitt qui coïncide avec l’apogée de l’empire napoléonien, le tsar et l’empereur se promettent « paix et amitié ».

Il est notamment dit dans ce traité que la Russie aidera Napoléon dans sa guerre contre l’Angleterre et participera au blocus continental.

 

En 1808 la route des Antilles et de ses colonies est donc barrée par les Anglais ce qui entraîne la disparition dans les boutiques françaises du sucre de cannes. Malgré cela, la demande en sucre ne baisse pas. Le sucre devient une denrée rare et donc hors de prix. Napoléon encourage alors la recherche sur des produits de substitutions par de nombreuses exonérations d’impôts.

Ainsi, Antoine Parmentier, pharmacien en chef des armées et président du Conseil de Salubrité à Paris préconise l’emploi de sucres de raisins et d’autres végétaux sucrés pour pallier au manque de sucre. En effet, il fait alors valoir la teneur en sucre du raisin : celui-ci contient entre 200 et 350 g de sucre par litre (selon la maturité du raisin). Mais malheureusement, le sucre de raisin est un sirop épais qui se cristallise difficilement car il ne contient pas seulement du glucose mais aussi du saccharose et du fructose (2 millions de kg seront produits en 1810). Mais c’est finalement par le sucre de betterave que sera remplacé le sucre de canne.

En 1811 Benjamin Delessert offre à Napoléon deux pains de sucre parfaitement cristallisé. Enthousiasmé par ce présent, Napoléon encourage la culture de betteraves sucrières en ordonnant  que 32 000 hectares de terres soient livrés à la culture de la betterave et en mettant à la disposition des agriculteurs qui acceptent de tenter le jeu 1 million de francs. Par le décret du 25 mars 1811, il interdit même purement et simplement le sucre de canne.

Delessert, raffineur à Passy, parvient à industrialiser le procédé de Marggraf avec le concours d’un pharmacien de l’Académie des Sciences, Nicolas Deyeux. Il réussit le premier à extraire du sucre de betterave en grande quantité. Il reçoit la légion d’honneur de l’empereur et devient baron d’Empire. Tirant parti de cette réussite, l’Empereur délivre 500 licences à tous ceux qui souhaitent fabriquer du sucre de betteraves.

 

b) Le développement du sucre de betterave en France

 

 

Malheureusement pour la betterave, en 1815, après de nombreuses défaites et le soulèvement des nations alliées à la France, Napoléon est obligé d’abdiquer le 31 mars 1815 avec la prise de Paris par les armées alliées d’Angleterre, de Russie, de Prusse et d’Autriche.

Louis XVIII écarte « Napoléon II » du pouvoir et reprend le pouvoir. La guerre ainsi terminée, le blocus maritime anglais est levé ce qui rouvre à la France la route de ses colonies d’Amérique. Les marchandises peuvent à nouveau circuler et le sucre de canne réapparaît en France. Cela entraîne une importante chute des prix du sucre de betteraves qui passent ainsi de 12F le kilo en 1813 à 1F40 en 1815. De nombreux pays stoppèrent la production de sucre de betterave au contraire de la France qui soutint le développement de meilleures variétés et de meilleures techniques d’extraction. C’est ainsi que le nombre de sucreries passa de 89 sucrerie et 4 400 tonnes de sucres produits à 129 sucreries et 7 000 tonnes de sucres produits en 1833.

La loi du 18 juillet 1837 établit une taxe de 10 francs sur le sucre « indigènes » (de betterave), ce qui conduit à la disparition des sucreries dont le nombre passe de 555 en 1838 à 336 en 1840. De plus  l’ordonnance du 21 août 1839 qui accorde une prime pour l’importation du sucre de canne aggrave cette situation. De nombreuses fabriques ferment à nouveau. En 1843, le député et poète Lamartine attaque violemment le sucre de betterave  à la Chambre des députés afin de sauver les sucreries nationales « je vous défends d’appeler la sucrerie une industrie nationale. Elle n’a de national que les charges qu’elle fait peser sur le pays. » Heureusement son projet de loi est rejeté de quatre voix par les députés. Mais en 1843 l’égalité des taxes sur les importations de sucres de canne et de betterave est rétabli et surtout, en 1848 avec l’abolition de l’esclavage, la production de sucre de canne chute et son prix augmente ; ce qui favorise l’industrie betteravière de la métropole.  De plus les sucreries améliorent leurs rendements grâce à la construction de grosses unités de production. Malgré cela, le nombre de sucreries diminue encore pour passer à 308 en France.

En 1843, Jacob Kristof Rad, un tchèque, produit les premiers morceaux de sucre, de façon quasi-artisanales : -fondre du sucre

                        -couler le sucre liquide sur un plateau

                        -scier la plaque de sucre après solidification des bandes

                        -casser en cubes.

Cette idée de produire du sucre en morceaux est venue de sa femme qui, s’étant un jour blessée à la main alors qu’elle coupait un pain de sucre, lui demanda de faire quelque chose. Elle reçut les cubes de sucre la même année.

Sa méthode sera perfectionnée par Eugène François, un épicier parisien qui invente la « casseuse François » qui permet de couper les pains de sucre en morceaux réguliers. Pour la première fois le sucre n’est plus présenté sous la forme de pain.

En 1856, la technique permet d’obtenir du sucre blanc à partir du jus de betterave en huit jours.

La France devient 1er producteur européen de sucre de betterave en produisant plus de 300 000 tonnes de betteraves. Et en 1900 le sucre de betterave français représente plus de 1/9e de la production mondiale avec 1 million de tonnes.

 Ainsi en 1913 plus de 9 millions de tonnes de sucre de betterave sont produits.

 

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